40 ans du référendum de l’OTAN : le syndicalisme de contre-pouvoir pour faire face au nouvel impérialisme
40 ans se sont écoulés depuis le référendum du 12 mars 1986 sur le maintien de l'État espagnol dans l'OTAN. Cette journée a marqué un moment politique important en Europe et dans l’État espagnol. Bien que le résultat global ait été favorable à la permanence dans l’alliance militaire, dans plusieurs territoires – dont Euskal Herria – la majorité sociale s’est clairement positionnée contre.
Chez ELA, nous rappelons cet épisode non seulement comme un fait historique, mais comme une référence politique pleinement en vigueur. Quatre décennies plus tard, le contexte international est marqué par un nouveau cycle de confrontation entre puissances, une augmentation des dépenses militaires et une militarisation croissante de la politique européenne. Dans ce contexte, il est indispensable d'ouvrir un débat approfondi sur l'orientation de l'Europe et la nécessité de réorienter ses politiques vers la paix, la justice sociale et la coopération entre les peuples.
Ces dernières années, l'Union Européenne a renforcé un programme qui combine des politiques économiques néolibérales avec une subordination stratégique croissante à l'OTAN. L'augmentation des dépenses de défense, la centralité de l'industrie de l'armement et la subordination des décisions politiques aux intérêts géopolitiques forment un modèle de plus en plus éloigné des besoins sociaux des citoyens et citoyennes. Face à cela, il est nécessaire de réorienter les priorités européennes vers le renforcement des droits sociaux, la redistribution des richesses, une transition écologique juste et la défense effective de la démocratie.
Dans ce débat, il est inévitable de remettre en question le rôle de l'OTAN dans l'ordre international actuel. L'Alliance atlantique était un pilier de l'architecture militaire née après la Seconde Guerre mondiale et pendant la Guerre froide. Cependant, loin de disparaître après la fin de cette période historique, l’OTAN a élargi son champ d’action et son influence politique. Dans une perspective de paix, de coopération internationale et de souveraineté des peuples, nous préconisons de progresser vers un système de sécurité fondé sur la démilitarisation et le droit international, ce qui implique également d’ouvrir le débat sur le dépassement et la dissolution de l’OTAN.
La construction d'une alternative exige de placer au centre la souveraineté des peuples et le contrôle démocratique des ressources stratégiques. L’énergie, l’alimentation, la santé, les soins, la finance, l’industrie ou la technologie ne peuvent être subordonnés aux intérêts des grandes entreprises ni aux logiques militaires. Ils doivent être gérés collectivement pour garantir les droits sociaux, la redistribution des richesses et l'égalité de genre. Ces revendications font partie d’une stratégie politique et syndicale visant à construire une société antifasciste et profondément démocratique.
Notre tradition syndicale a toujours été liée à l’internationalisme. ELA a participé en 1973 à la fondation de la Confédération Européenne des Syndicats (CES) et a depuis participé activement au mouvement syndical européen. Cet engagement exprime notre conviction que la solidarité entre travailleurs et travailleuses doit dépasser les frontières. Dans le même temps, nous avons maintenu une position critique vis-à-vis de l'évolution de l'Union Européenne lorsque ses politiques ont renforcé l'orientation néolibérale, affaibli les droits du travail et subordonné les peuples et la classe ouvrière aux intérêts du capital.
Chez ELA, nous considérons que la lutte contre le militarisme est étroitement liée à la lutte sociale. L’avancée de l’extrême droite, la détérioration des droits du travail et l’augmentation des inégalités font partie d’un même processus. C’est pourquoi renforcer le pouvoir syndical, la conscience de classe, l’antiracisme, le féminisme et la défense de l’euskera sont des éléments centraux de notre travail quotidien.
Quarante ans après ce référendum, nous continuons de défendre qu'un autre modèle de société est possible: une société fondée sur la paix, la démocratie réelle et la souveraineté des peuples. À l’heure où l’Europe débat de son avenir, le syndicalisme doit également assumer sa responsabilité historique et agir comme un véritable contre-pouvoir social et politique, capable d’organiser la classe ouvrière et d’impulser une transition éco-socialiste et féministe qui place la vie et les droits de la majorité sociale au centre.